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Le personnage d’Emmanuèle se dédouble dans l’esprit d’André.
1. Ibid., p. 74.
2. Ibid., p. 99.
3. Ibid., p. 122.
« Dans le souvenir conscient du narrateur, le visage de la jeune femme est noble et pur ».1
C’est ici que naît le premier thème gidien de l’amour mystique pour la femme adulée.
« Devenue inexorablement inaccessible, elle perte tous ses attraits terrestres ; elle monte peu à peu dans le ciel d’André Walter et l’amour de celui-ci se transforme en une véritable adoration : Emmanuèle devient l’objet ‘un culte. Sa mort a aussi cette signification. Gide la raie du monde des vivants pour qu’elle ne soit plus qu’une âme bienheureuse, l’incarnation de la vertu, la femme idéale, la compagne rêvée. Elle devient le mythe de la femme, la ̋ sœur ̏ selon Baudelaire… »2
« L’intellectualisme de cette première figure gidienne la rapproche de certaines adolescentes telles qu’Alissa et Geneviève. Son portrait reste malgré tout à l’essentiel… les lignes géométriques. Un roman, c’est un théorème. »3
Mais à mesure que le roman se développe, la vision idéale se transforme en cauchemar. L’ange devient démon. Le dédoublement d’Emmanuèle, cette dualité ange et démon est à rapprocher d’une série d’oppositions qui apparaissent dans le récit : âme et corps, esprit et chair, blanc et noir, le rêve et la réalité.
1. Germaine Brée, André Gide, l’insaisissable Protée (Paris : Les Belles Lettres, 1970), p. 35.
2. Cahiers André Gide, I : Les Débuts littéraires d’ ̋ André Walter ̏ à ̋ L’Immoraliste ̏ paris : Gallimard, 1969, p. 207.
3. Paul Archambault, Humanité d’André Gide, Paris : Bloud et Gay, 1946, p. 33.
« Les témoignages biographiques dessinent le même mouvement que l’œuvre. André Gide avoue dans si le grain ne meurt, cette inhabileté foncière à mêler les sens et l’esprit qui devait devenir, écrit-il, ̋ une des répugnances cardinales de ma vie ̏. Aussi écrira-t-il au Claudel justicier de 1914 : ̋ L’amour le plus fervent, le plus fidele n’a pu obtenir aucun acquiescement de ma chaire ̏ ».1
La femme apparaît à Gide comme une figure insaisissable. Le thème de la dissociation entre l’âme et le corps dans l’amour existe également dans la vie de Gide. C’est de cet amour particulier pour Madeleine que naîtront d’autres œuvres importantes.
III-2- Alissa une autre Madeleine (La Porte Etroite)
Le drame décrit dans La Porte Etroite est inspiré de la vie conjugale de Gide que nous connaissons par Et nunc Manet in te. Le conflit entre Alissa et Jérôme ressemble donc à celui qui existait entre Madeleine et André Gide.
Une œuvre ne se réduit pas à un seul de ses personnages. Elle est avant tout un ensemble ordonné et organisé.
« … il ne faut pas oublier qu’Alissa n’existe qu’en relation avec les autres personnages si bien que même si on l’étudie de façon privilégiée, il faut toujours avoir à l’esprit qu’elle n’est qu’un des éléments de l’ensemble ; si on veut bien la comprendre et par là même comprendre la signification de l’œuvre, il faut marquer avec netteté les
1. Cahiers André Gide, I : Les Débutes littéraires d’ ̋ André Walter ̏ à ̋ L’Immoraliste ̏ paris : Gallimard, 1969, p. 208.
différents rapports qui la lient aux autres éléments, c’est-à-dire aux autres personnages. »1
Signalons à ce propos qu’à travers les quelques personnages qu’il met en scène, Gide a réussi à peindre la grande bourgeoisie protestante française.
Trois familles évoquent ce milieu étroit : celle de Jérôme, celle des Bucolin et celle de la tante Plantier.
Lucile Bucolin, bien qu’elle disparaisse dès le premier chapitre, joue un rôle important dans l’histoire d’Alissa, sa fille. Celle-ci a surpris les liaisons de sa mère, et de cette découverte naît l’horreur de la chaire qu’Alissa éprouvera pendant toute sa vie.