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1. FM, p, 221.
2. Ibid., p. 294.
Ainsi, pour Bernard, l’écriture reste dans le domaine de l’imaginaire alors qu’il a besoin d’agir, de voir réellement les résultats de son action. Cependant, Edouard se contente de sa passivité observatrice et de son illusion qu’il sera possible d’écrire le roman comme il l’imagine.
II-3-Le Pasteur, un homme banal
C’est à la fois le narrateur de l’histoire et l’auteur du récit relatif à Gertrude rapporté dans ses cahiers. Son nom est tu tout au long du récit. Dans l’adaptation cinématographique de l’œuvre, il se nomme Jean Martens. Cette absence de nom ajoute encore à l’indétermination de l’histoire, le donnant par là un caractère fabuleux, exemplaire.
Conformément à sa profession, il vient en aide à ses paroissiens. En ramenant la petite aveugle, il écrit :
« J’avais agi, comme je le fais toujours, autant par disposition naturelle que par principes, sans nullement chercher à calculer la dépense où mon élan risquait de m’entraîner (ce qui m’a toujours paru antiévangélique). » 1
Sa relation avec sa femme, Amélie, est conflictuelle. Tout semble les séparer. Leurs discussions s’achèvent la plupart du temps par des larmes et de l’incompréhension. En relisant le premier cahier, le pasteur se rend compte combien Amélie a raison dans ses insinuations qui mettent en cause son comportement avec Gertrude.
Le pasteur est profondément convaincu que le bonheur est le souverain du Bien et qu’il faut à tout prix se garder du péché et du Mal.
1. Ibid., p.30.
Il prend Dieu à témoin et en fait son allié lors des discussions avec sa femme et son fils Jacques. Il ne peut s’empêcher d’aimer Gertrude, bien qu’il ne le lui avoue qu’à demi-mots, arguant qu’en bon pasteur, il aime tout le monde. Il ne lui fait percevoir que la partie positive de la vie. Il manque d’honnêteté et de sincérité envers lui-même, Gertrude et Amélie. Il peut donc être taxé d’hypocrisie.
« La question de sa dénomination est déjà révélatrice du statut que Gide veut lui accorder : pour l’essentiel, c’est lui le narrateur. Il s’exprime donc dans le texte derrière un « je » qui permet au lecteur de s’assimiler, de plus ou moins bon gré, au personnage. »1
De plus, Gide a pris soin que n’apparaissent nulle part, comme cela aurait pu être le cas par exemple dans les dialogues, son nom ni son prénom: Gertrude l’appelle «  son épouse « mon ami ». Chacun sait que dans la tradition classique du roman, le nom du héros est significatif (qu’on songe aux « Faux-Monnayeurs » où Gide a joué sur cet aspect en utilisant l’ironie, appelant du nom de Félix, « heureux » en latin, un mari trompé et malheureuse). Connaître le nom d’un personnage, c’est une manière de le posséder. L’ignorer jusqu’un bout du texte, crée donc une sorte de malaise, l’impression persiste d’un personnage fuyant, difficile à cerner, presque mystérieux.
En fait, puisque la seule manière de parler de lui se résume à évoquer « Le pasteur », il semble se définir totalement par sa fonction, comme s’il était le pasteur type, le modèle du pasteur protestant, alors qu’il va justement montrer qu’il est aux antipodes, dans ses attitudes, dans sa démarche et sa pensée, de ce qu’il se doit d’être.

1. Ibid., p.38.
On retrouve donc dans cette dénomination exemple d’antiphrase figure de l’ironie chère à Gide. Il est naturellement sensible et humanité ; c’est ainsi qu’il est heurté par le manque de délicatesse de la voisine, «  la voisine prit dors la chandelle, qu’elle dirigera vers un coin du foyer, et je pus distinguer, accroupi dans l’être, un être incertain, qui paraissait endormi ; l’épaisse masse de ses cheveux cachait presque complément son visage.»1 et sa femme qui parlent crûment de la jeune aveugle devant elle.
Mais sa mauvaise foi apparaît déjà. Il se refugie un vocabulaire religieux conventionnel pour chercher à se cacher la réalité derrière les mots.
« Bien soit Seigneur pour m’avoir confié cette tâche. »2
« Aux premières phrases de sa sortie, quelques paroles du christ me remontèrent du cœur aux lèvres, que je retins pourtant, car il me paraît toujours malséant d’abriter ma conduite derrière l’autorité du livre saint. »3
Son attitude envers la jeune aveugle, est plutôt trouble, le texte encore incidemment deux attitudes, 
« […] J’avais tenue « sa main » durant toute trajet.»4
« […] Je l’avais si longuement pressée contre moi dans la voiture.»5